La liste de nos soutiens s’allonge


A moins de trois mois du départ pour Ulaanbaator et la Mongolie, vous êtes de plus en plus nombreux à soutenir notre expédition à venir sur le lac Khövsgöl gelé.

Vous êtes un particulier et aimeriez faire de même, alors faites un don sur notre page sur Leetchi. Si vous êtes une entreprise alors contactez-nous. Nous aimerions beaucoup vous comptez parmi nos partenaires ! 

Nous serons heureux d’ajouter votre nom sur nos pulkas durant l’expédition. 

Alors à bientôt !

Renaud et Aliénor

177 km de l’Ultra-Marin 2022, la force du mental

En 2021, le Grand Raid de l’Ultra-Marin, le tour complet du Golfe du Morbihan en trail, était une des étapes de notre préparation à notre expédition en autonomie sur la glace du lac Baïkal. Contraints à l’abandon à 12 kilomètres de l’arrivée en raison d’une tendinite à la cheville chacun, revenir cette année était une évidence.


Si nous avons remplacé le lac Baïkal par le lac Khovsgol en Mongolie, nous voyons toujours dans cette nouvelle expérience, un moyen de développer notre mental et de renforcer notre lien dans l’épreuve.

Vendredi soir, quand le départ est donné à 18 heures sur le port de Vannes, nous nous élançons souriants, confiants, impatients. La foule amassée sur le port est dense et bruyante. Il nous est difficile de rester côte à côte tant le flot des coureurs est impressionnant. Aliénor a passé un moment la veille à estimer nos temps de passage aux différents ravitaillements. Ainsi, nous partons sur une base de huit minutes de course, suivies de deux minutes de marche, à répéter idéalement durant les six premières heures. Alie cavale devant. A plusieurs reprises en regardant l’allure à montre, je l’invite à lever le pied.

Au ravitaillement de Penboch à 13,5 kilomètres du départ, comme à celui de Port Blanc au 26e km, nous parvenons avec de l’avance sur nos prévisions. Un peu avant à Arradon, il nous avait fallu retirer nos chaussures et chaussettes pour marcher dans l’eau. Nous dessinons un long serpent de coureurs collés au mur.


A la sortie de l’eau, chacun sèche ses pieds comme il peut. Nous le faisons avec nos mains et nos chaussettes alors que d’autres ont emporté un chiffon pour cela. Le plus important est de ne pas faire entrer de grains de sable dans nos chaussettes. Le fameux grain de sable qui peut tout faire foirer, il peut s’attraper ici. Alors à Port Blanc, nous renouvelons l’opération pour retirer les minuscules grains de sable encore présents et remettre de la crème afin de limiter les frottements. Il n’y a déjà plus d’eau pétillante à ce ravitaillement et il fait pourtant encore très chaud. Ne sont disponibles que du coca et l’eau plate qu’il faut récupérer aux robinets disposés à l’avant d’une file de coureurs en attente. J’avale trois verres de coca puis nous remplissons nos flasques. Je sais alors que l’impossibilité d’obtenir l’eau pétillante sur laquelle je comptais, risque de compliquer les choses pour moi. J’ai beaucoup de mal à boire de l’eau plate, sauf si j’y ajoute du sirop. J’aime à peine plus celle mélangée à un produit énergétique que je porte dans le dos, dans la poche accrochée à l’intérieur de mon sac. Nous n’avons pas le choix, nous énerver reviendrait à dépenser beaucoup trop de l’énergie dont nous avons tant besoin. Nous reprenons notre course, toujours sur une base de 8/2.

Cependant plus j’avance, moins je bois tant les gorgées d’eau plate et tiède me donnent la nausée. Je devrais avaler une gorgée toutes les 4 à 5 minutes, et finir une de mes flasques de 500 ml par heure et elles sont quasiment toujours aussi pleines. Je me sens barbouillé, de plus en plus, et peu à peu gagné par une grande sensation de faiblesse.

Aliénor devant donne le rythme, elle court comme une gazelle. En gardant un œil sur sa montre, elle m’indique les moments pour courir comme ceux pour marcher, et on recommence. Je l’écoute sans broncher. Plus j’avance, plus parler me coûte un effort que je ne suis pas prêts à consentir. Peu avant le point d’eau de Toulvern, mon frère Stéphane nous double. Nous échangeons quelques mots alors que j’espère trouver bientôt les bulles dont je rêve. En réalisant comme je le pensais que le ravitaillement n’est qu’une série de robinets le long du mur, je me sens envahi par le désespoir. Je marche quelques pas dans une légère côte, puis je m’assieds sur le bitume encore chaud, à bout de force. Stéphane m’encourage, comme le font plusieurs concurrents qui me dépassent.

Quelques minutes plus tard, Aliénor vient vers moi m’indiquant avoir trouvé de l’eau pétillante. Je me lève avec difficulté puis la rejoins près d’un petit groupe de spectateurs sur le bord de la route. Peu après, une dame de ce groupe revient avec deux bouteilles. Elle me sauve ! Je la remercie comme je peux, avale quelques gorgées puis m’éloigne pour vomir. Je me vide de toute l’eau ingurgitée jusque-là. C’est très désagréable, mais peu à peu en reprenant la marche, je me sens un peu mieux. Bien que toujours très faible, je parviens à recourir.

Aliénor se met à discuter avec un concurrent, Stéphane, qui va nous accompagner quelques heures. Il apprécie le rythme et l’alternance de course et de marche. Alie se retourne régulièrement pour regarder où j’en suis, m’encourager, et me rappeler de boire. Je n’ai pas la force de répondre, ou plutôt je grogne plus que je ne parle. Elle est facile et je suis à la ramasse, alors elle me tire et nous permet de rester concentrés. Stéphane s’installe souvent derrière moi et m’encourage sans relâche, m’invitant même à poser mes bâtons différemment pour faciliter ma progression. A quelques reprises, j’imagine lui planter le bâton dans le dos !

Malgré mon allure ralentie, nous arrivons au ravitaillement du Bono dans le temps prévu. Ici l’an passé, il tombait des trombes d’eau. Je rêve d’une soupe, mais il n’y en a plus, pas plus que des pâtes, alors j’avale quelques tranches de fromage et du saucisson. Mes piles sont à plat, mais la vingtaine de minutes de repos que nous nous accordons me fait du bien. Nous repartons tous les trois, en marchant d’abords, puis en reprenant une alternance de course et de marche sur une base de 6/4 à présent. Aliénor se sent toujours aussi bien, et moi après peu de temps toujours aussi mal.

Je traîne les pieds, me sens lourd, j’ai l’impression de dormir debout. Je cours certes, mais de plus en plus au ralenti. En marchant par-contre, je parviens à garder une bonne allure. Il est plus de 3 heures du matin et il fait bien frais. A deux reprises, Aliénor me propose de nous arrêter dormir un peu, alors que nous longeons une forêt dont le sol est couvert de feuille et d’aiguilles de pins. Il semble sec alors que sur le bord direct du chemin, l’herbe est pleine de rosée. Je préfère continuer. Puis après Auray, voyant que mon allure s’est encore ralentie, elle me propose à nouveau un stop et je fini par accepter. Nous sortons du chemin pour rejoindre un gros arbre sous lequel on s’installe. Je pose mon sac, m’allonge sur le côté, pose ma tête et m’endors dans l’instant alors que Stéphane installe sa couverture de survie. Quand le réveil sonne 20 minutes plus tard, je me sens mieux. Aliénor elle, n’est pas parvenue à fermer l’œil.

Le jour pointe son nez quand nous arrivons au ravitaillement de Crac’h. Alie part chercher à boire pendant que je rapproche deux bancs pour m’allonger. Là aussi, il n’y a plus de soupe ni de pâtes. Je n‘en mène toujours pas large et la nausée est revenue. Je parviens à peine à parler tant je me sens faible. J’avale du thé bien chaud, mange un peu, puis me lève pour aller vomir à l’écart. Nous nous remettons ensuite en course tous les trois. Stéphane continue de me parler sans que je ne lui réponde alors qu’Aliénor donne encore le rythme. Elle court devant et je ne la vois pas assez à mon goût. Je lui dis, je râle et elle m’entend, se rapproche, marche à mes côtés quand le sentier le permet.

La chaleur du jour remplace peu à peu la fraicheur et l’humidité et cela nous fait du bien. Il nous faut deux grosses heures pour rejoindre la côte sur l’océan. Le paysage est splendide, mais j’en profite à peine.

À plusieurs reprises, je m’interroge sur ma capacité à continuer dans ces conditions. Je n’ai aucune envie d’abandonner, mais il me semble que mon corps a dit stop depuis un paquet d’heures déjà.

Le coach et préparateur mental que je suis s’interroge donc logiquement, sur son mental. Dans ma tête depuis un moment, je ne vais plus de Vannes à Vannes, mais de ravitaillement en ravitaillement.

Et puis dans l’équipe que nous formons avec Aliénor, il y a le mental de chacun, mais aussi le mental de notre duo, de notre couple. Là c’est elle qui a pris les choses en main, naturellement. Notre contrat, c’est de terminer, quels que soient la place et le temps. Terminer en mettant notre mental à l’épreuve sert d’autant plus notre objectif de préparation pour le lac. Ainsi, Aliénor donne le rythme, décide des moments pour repartir après les pauses et je l’écoute, pas toujours sans broncher, mais je la suis. C’est un contrat tacite entre nous, rodé sur des centaines d’entrainements, des dizaines de trails, de treks et de randos en montagne au cours desquels nous avons peaufiné notre fonctionnement à deux. Même quand la tension monte, nous savons interpréter ce qu’il y a derrière les mots et le plus souvent, savons réagir de la manière la plus adaptée. Nous avons aussi appris à noter nos ressentis, sur une échelle de 1 à 10, avec interdiction de mentir ou simplement d’exagérer. Ainsi, quand elle me pose la question et que j’annonce me sentir à 3, elle mesure pleinement l’étendue du danger que cela représente pour notre objectif commun.

Peu avant l’embarcadère pour traverser le golfe, nous retrouvons Anaïs, la grande sœur d’Aliénor venue nous encourager. Je m’assois dans le fossé à l’ombre près de sa voiture, apparemment pale comme un linge. J’évoque la possibilité d’abandonner si mon état ne s’améliore pas. J’avale une boisson gazeuse sucrée, mange un beignet et m’excuse de roter sans cesse.

Cette pause me fait un bien fou, et me redonne un peu de force pour rejoindre l’embarcadère de Locmariaquer. Sur notre groupe Whatsap fort d’une centaine de personnes, les messages d’encouragement défilent, en particulier après l’envoi d’une courte vidéo dans laquelle j’évoque la situation.

Au stade Chapron d’Arzon


Après la traversée du golfe en zodiac, nous parvenons au Stade Chapron d’Arzon où nous perdons Stéphane. Aliénor s’installe dehors pour dormir alors que je me récupère à l’intérieur mon sac déposé au départ. Je me change intégralement, met de la crème sur mes pieds et mange un peu. Dans le gymnase, les bénévoles s’activent autour des coureurs et des équipes médicales.  

Nous repartons une trentaine de minutes plus tard et trouvons plus loin à Porh Nèze, Romain et Victor, venus à leur tour nous soutenir. Je remplis mes flasques d’eau pétillante au sirop après en avoir avalé un litre presque d’une traite. Il parait que j’ai une sale tête, mais c’est mieux en repartant.

La sieste que nous ferons ensuite dans un champ au pied d’un tracteur me retapera complètement. Un coup de mou dure rarement toute la course ! Le mien m’a quand même accompagné plus de dix heures.


Ainsi, en me relevant, je comprends que c’est fini, et je me sens presque aussi bien qu’au départ la veille au soir, je me sens frais. Je n’ai jamais perdu ma motivation mais elle est alors décuplée. J’ai plus que jamais envie de finir, je sais que désormais plus rien ne m’en empêchera. Il nous reste moins de 80 kilomètres.

Plage du Goh Velin à St-Gildas-de-Rhuys


Quand nous atteignons la splendide côte atlantique à St-Gidas-de Rhuys, nous avons repris la course. Cette fois c’est moi qui nous emmène et file devant. Le releveur du pied d’Aliénor qui l’an passé avait contribué à notre abandon, recommence à lui faire mal. C’est supportable, mais courir est pour elle de plus en plus difficile. Nous marchons alors à bonne allure jusqu’à St-Jacques où nous attendent Karine, puis Marion et Gaëtan. Nouvelle pause amicale avant de voir Lydia, ma belle-sœur, qui suit mon frère durant sa course puis à nouveau Anaïs.

À Saint Colombier près de Sarzeau, alors que les couleurs du jour s’estompent peu à peu, nous nous allongeons sur la pelouse pour une nouvelle sieste. Je dors cette fois encore comme un loir une vingtaine de minutes et mes batteries se rechargent plus encore.  

À l’inverse, Alie traine la patte. Elle me suit en silence et c’est son tour de répondre à peine quand je lui parle. Aux marais salants de Lasné, nous retrouvons Lydia et en la voyant, Aliénor craque. Son pied est devenu très douloureux. Ce ressenti ajouté à la fatigue accumulée la rend à fleur de peau. Elle n’est pas parvenue comme moi à dormir à chaque pause et son quota de sommeil n’est pas la moitié du mien.  

Lydia lui donne de la glace et toute sa bienveillance et peu après, nous nous remettons en marche. Nous échangeons sur les possibilités qui s’offrent à nous et quels indicateurs pourraient marquer la décision de mettre fin à sa course. Notre conclusion est que tant qu’elle peut supporter la douleur, nous irons à son allure, et jusqu’au bout, à moins d’avoir une contrindication médicale.  


Au ravitaillement du Hezo, le tout dernier avec de la nourriture chaude, l’équipe médicale pose de la glace une vingtaine de minutes sur sa cheville endolorie. Je lui apporte de la soupe, en avale trois bols ainsi que des tranches de fromage, puis nous repartons. Il est 23h10, et il nous reste moins de 50 kilomètres.

Le froid a fait son effet, mais ses bienfaits ne durent pas longtemps. Au fil des heures, la douleur revient très forte et sa cheville enfle. Je lui passe mes bâtons, marche devant elle à faible allure et me retourne régulièrement pour guetter sa progression derrière moi. Elle m’impressionne et je lui dis. Ce compliment que j’ai plusieurs fois entendu lors de mon long passage à vide lui revient désormais. Nous parvenons au complexe Cousteau à Séné, et nous installons sans tarder sur deux matelas disposés à l’attention des coureurs fatigués. Je mets le réveil et nous endormons trente minutes. L’an dernier, nous étions arrivés trempés jusqu’aux os, et étions repartis après une longue pose parmi les tous derniers coureurs, tout près de la limite de la barrière horaire. Nous avions chacun une cheville très enflée et voyant mon désespoir au réveil, Aliénor m’avait secoué pour repartir. Me sentant ensuite un peu mieux alors qu’elle souffrait davantage de son pied, j’avais alors pris le contrôle.
Cette année c’est différent. Même si la cheville d’Aliénor souffre de la même tendinite, la douleur est apparue plus tard. Et puis nous avons de l’avance, et mon moral est excellent.

Cependant, une heure après avoir quitté ce ravitaillement, Aliénor veut s’arrêter dormir. Elle a toujours du retard sur mon sommeil et sa faiblesse générale l’empêche de lutter correctement contre le mal. Nous nous allongeons sur le bord du chemin dans nos couvertures de survie. Une fois encore, je m’endors assez facilement malgré le balayage des lampes frontales des concurrents qui passent. Il nous reste moins d’une trentaine de kilomètres à parcourir. Nous gardons sur le dos en repartant, nos couvertures de survie.

A Barrarac’h, face à Conleau, l’équipe médicale applique une nouvelle poche de glace sur le pied d’Alie. Je patiente en buvant un café dans les premières lueurs du jour.


Nous ne sommes plus très loin du lieu de notre abandon l’an passé. Malgré la douleur, et comme lors de ma longue traversée du désert, notre allure de marche n’est pas mauvaise. Aliénor continue à serrer les dents.

Il fait encore très frais, et nous attendons avec impatience, les parties du chemin au soleil pour nous réchauffer. La fatigue impacte notre état général, et plus particulièrement celui d’Aliénor. A tel point qu’alors que nous dépassons le dernier point d’eau en quittant le sentier côtier près du moulin de Cantizac, elle s’installe sur un banc et me demande de la réveiller cinq minutes plus tard. Je m’assied sur le banc face à elle, regarde ma montre puis commence la lecture des dizaines de messages reçus ces deux dernières heures. Quel plaisir ! Depuis l’Ultra Marin 2021, le groupe Whatsap sur lequel nous partageons les différentes étapes de notre préparation pour notre expédition sur le lac grossit. Il regroupe désormais plus d’une centaine de personnes. Nous ne les connaissons pas toutes, et certaines ne font que lire nos messages, mais l’énergie dispensé dans ceux que nous recevons nous encourage fortement.


Je reprends les commandes de notre progression, Aliénor suit derrière et s’accroche. Elle porte la douleur sur son visage. J’apprécie tout particulièrement ces derniers kilomètres, pour les avoir si souvent parcourus ensemble alors qu’Aliénor avait un appartement dans le centre de Vannes. Bientôt, nous ne sommes plus qu’à trois kilomètres de la ligne. Mes émotions commencent à faire des étincelles. Je me sens euphorique. Aliénor elle, tellement concentrée sur sa cheville et luttant contre la fatigue, semble complètement ailleurs. J’ai l’impression de me voir plus tôt dans la course, alors que nos positions étaient presque parfaitement inversées.

Quand c’est dur, le moins faible prend le contrôle !


Mon frère Stéphane qui passait la ligne bien plus tôt vient à notre rencontre. J’ai un sourire qui ne retombe pas, et je le porte jusqu’à l’arrivée.

Nous y sommes, nous nous embrassons, j’ai les yeux humides sous mes lunettes. Nous avons mis 39h25, et n’avons que 40 minutes de retard par rapport à nos prévisions d’avant course. Aliénor file sous la tente médicale pour sa dernière poche de glace de la course.


Comme nous l’a écrit notre ami Simon durant l’épreuve, toute cette glace, c’est l’appel du lac.

Cet Ultra-Marin nous a permis de nous assurer de la force de notre lien. Il s’est incontestablement conforté ici dans les passages difficiles que nous avons tous les deux traversés, et cela ne peut que renforcer encore notre mental et la confiance que nous avons l’un en l’autre.  

Adapté du tableur de notre ami Patrice Boistard

Quand c’est dur, le moins faible prend le contrôle !

Renaud


Merci à Ferrino, Lyophilisé & co, Cetire, Nestenn Orléans, DTMC production, Commune de Bou
Vous souhaitez rejoindre nos partenaires et vous associer à notre préparation et à notre expédition en autonomie sur le lac Khovsgol ? Ecrivez-nous !

Et merci à notre super équipe d’assistance : Alice, Anaïs, Gaëtan, Karine, Lydia, Marion et Victor.

Test en conditions


Une semaine durant, nous avons testé notre résistance et notre matériel sur le parcours de la Grande Traversée du Jura. Sur le parcours hors piste d’abords, en ski de rando nordique, nous avons tiré, et parfois aussi poussé nos pulkas d’une cinquantaine de kilos.

Nous avons aimé les nuits sous la tente, la chaleur réconfortante du thé bouillant, la douceur du sac de couchage et le bon isolement du tissu sur nos têtes quand la neige, puis la pluie, se sont mises à tomber.

Ce fût aussi l’occasion de préciser aussi la matériel à emporter sur le lac Baïkal, ou pas. Pas des températures malheureusement trop clémentes (il a fait -14° la nuit la plus froide), nous avons cependant pu mettre de côté des vêtements initialement sélectionnés, et qui finalement se sont révélés inadéquates.

Au regard de l’alimentation que nous avions emporté (lyophilisés, graines et noix en plus de la pâte maison à base de noix, fruits secs et huile que nous avions préparé), nous avons finalement peu consommé. Moins de 2000 calories par jour en comparaison de 5 à 6000 qu’il nous faudra ingurgiter en Sibérie.

Nous avons aimé faire fondre la neige chaque soir. Une opération chronophage et délicate qui marquait nos fins de journée.

Nous avons enfin pris le temps de débriefer nos sensations, nos ressentis, et avons fait la liste de l’ensemble des points de rusticité qui nous semblent pouvoir nous poser problème. Une semaine en autonomie par une température moyenne de -5° c’est une chose. Les conditions seront plus difficiles lors de notre séjour plus long sur le lac, par des températures moyennes de -18° environ.

Parmi ces points, notre résistance à une hygiène limite (pas de douches plusieurs semaines durant), à un sommeil de mauvaise qualité, à l’isolement, à la fatigue, à l’effort physique et mental, au froid bien sûr ou encore à l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur comme nous pourrions le vouloir.

Nous sommes le plus souvent en accord sur la majorité de ces points, mais nous devons encore travailler afin d’accroître notre résistance à certains d’entre eux. La résistance aux mauvaises odeurs pour Aliénor, la mienne à notre possibilité de ne consommer que de l’eau, fondue de la glace du lac.

Un an pour finaliser notre préparation n’est pas de trop !

© Andy Parant / On va marcher sur le lac

Grande Traversée du Jura

Notre matériel quasi complet vu du drone

Cette fois nous sommes prêts pour notre test sur la GTJ dans le jura. Notre matériel est rassemblé et chargé dans nos pulkas. Le 5 janvier prochain, nous partirons de Mouthe et effectuerons en ski de randonnée, le parcours de cent kilomètres en hors piste jusqu’à Giron.

Aujourd’hui, en complément de la nourriture lyophilisée qui constituera nos repas du petit-déjeuner et du dîner, nous avons préparé des barres énergétiques pour les journées.

Une base de noix de cajou, noisettes, amandes, cacahouètes, raisin secs, flocons d’avoine réduite en poudre et mélangée à des bananes, figues et dattes séchées mixées. Le tout arrosée d’une bonne quantité d’huile de noisette et d’un peu d’eau.

Dans quelques jours, nous aurons tout le loisir de faire le point sur notre matériel, notre nourriture et la manière dont nous nous adaptons à l’effort (physiquement et mentalement) qui sera assez proche de ce qui nous attend sur le lac Baïkal dans un peu plus d’un an.

Nous sommes aussi ravis de savoir qu’Andy Parant, notre copain photographe qui avait réalisé les photos de notre entraînement sur le lac d’Annecy l’hiver dernier, sera avec nous les deux premiers jours. Il nous rejoindra en plusieurs points du parcours et sera là à la tombée de la nuit, comme au lever du soleil pour faire des prises de vue.

Des photos qui illustreront par ailleurs, le livre que nous comptons écrire sur l’ensemble de cette aventure, de la naissance de l’idée en mai 2020 jusqu’au lac Baïkal en février 2023.

Notre budget en images

Afin de rendre notre budget plus ludique, et la liste du matériel que nous comptons emporter sur le lac plus accessible, nous avons créée une liste.
Elle détaille 140 des produits dont nous avons besoin pour mener à bien notre aventure, et sa préparation.

Le matériel, que nous rassemblons au fur et à mesure, sera testé lors de la Grande Traversée du Jura que nous entamerons à Girons, le 5 janvier prochain.

Merci à celles et ceux d’entre vous qui avez déjà choisi de contribuer à ce budget en nous offrant un ou plusieurs des éléments qui y figurent !
Notre liste est ici.



Grande traversée du Jura à l’horizon

A la maison, avec carte et guides pour la GTJ

Choisir notre matériel avec soin

C’est le moment de commencer la préparation de la Grande Traversée du Jura en ski de rando nordique. Après l’ultra-marin et le GR 20, la GTJ est la troisième étape dans notre préparation pour notre traversée du lac Baïkal en autonomie.

Comme nous espérons les conditions les plus rudes, nous envisageons le départ vers le 5 janvier 2022.

Au programme : 100 kilomètres entre Mouthe et Giron, sur un parcours non damé, dans la poudreuse, dans les conditions proche du lac. Nous serons donc en autonomie, traînerons nos pulkas avec notre nourriture pour 8 jours, et nous passerons les nuits sous notre tente par des températures pouvant descendre jusqu’à -20.

D’ici là, il nous reste à prendre le temps de choisir chaque pièce de notre équipement (vêtements, skis, pulkas, nourriture…) avec toute l’attention qui s’impose. Choisir nos sacs de couchage avait pris une bonne semaine, tout comme pour nos sacs à dos sur le GR20. Ainsi, disposer de 4 mois plein pour faire ces choix semble tout à fait opportun.

Le GR20 en 11 jours

L’Aventure, à travers la Corse

Après le Grand Raid de l’Ultra-Marin les 2, 3 et 4 juillet, le GR20 représentait l’étape suivante dans notre préparation pour notre expédition sur le lac Baïkal 🧊 en autonomie.

Nous l’avions souvent évoqué, bien avant d’envisager de partir marcher sur la glace en Sibérie, mais nous regardions ce projet potentiel avec une certaine réserve, au regard cumulé de sa réputation aérienne et du vertige (de Renaud).

Et puis finalement, nous avons pris les billets d’avion, étudié la carte, les blogs et les guides, lu les conseils, les recommandations, choisi avec soin chaque pièce de notre matériel, calculé nos étapes, acheté la nourriture et nous nous sommes lancés.

Se lancer c’est le terme, car le GR20 c’est un saut. Un saut brutal dans la difficulté de la montagne corse. Un saut dans la rudesse du maquis et de la caillasse, dans la chaleur, le vent et la sueur.

Le GR20, c’est une bête qui n’accueille au fur et à mesure des étapes, que les randonneurs aguerris, bien préparés et au physique robuste. Sur ce parcours, même et peut-être plus encore, les derniers arrivés du jour sont valeureux.

Personne ne termine par hasard. En finir est un juste équilibre entre préparation, choix du matériel, poids du sac, gestion des étapes, de l’alimentation, du repos et surtout, de son mental.

Alors on se met en marche ! Devant nous 180 kilomètres, et un peu plus de 11 000 mètres de dénivelé positif.

Calenzana, départ du GR20

Jour 1 – Etape 1
Calenzana – Orto di Piobbu

11,7 km / D+ : 1366 m / D- : 60 m / 6 heures

C’est notre amie Marie, qui habite dans le village voisin de Zilia qui nous dépose au départ en ce matin du lundi 2 août. Il fait très beau et plutôt chaud. Je me sens fatigué. Je crois ne pas avoir encore totalement récupéré de l’Ultra-Marin un mois plus tôt et nous avons peu dormi la nuit précédente. Pourtant je suis heureux d’être là et c’est avec le sourire que je fais mes premiers pas dans la pente.

Le panorama est à couper le souffle sur la totalité du parcours, mais ce dernier met rudement mon mental à l’épreuve. Si la première moitié se passe sans difficulté majeure malgré le peu d’ombre, les choses deviennent vraiment sérieuses après le promontoire d’Arghjova où nous faisons une pause.

Le tracé coupe la roche, et à de très nombreuses reprises, il nous faut mettre les mains. Mon sac de 14 kilos me semble lourd et surtout, mes épaules ont besoin de s’habituer. Cette mise en route est un chemin de croix. Souvent, je m’arrête sur un rocher pour soulager mon dos. Le dénivelé par endroit est impressionnant. Nous ne montons pas nous escaladons et déjà, je mets mon vertige à l’épreuve. A la fatigue s’ajoute mon rythme cardiaque au taquet. Je prends sur moi. Aliénor file devant, elle s’amuse de ce parcours et régulièrement s’arrête pour m’attendre.

Puis soudain, le refuge d’Orto di Piobbu apparait au loin. C’est réconfortant d’apercevoir la fin de l’étape et en même temps, le chemin qui reste à parcourir semble encore bien long. Il va nous falloir redescendre un peu avant de remonter dans la pente.

Refuge d’Ortu di u Piobbu

Je peine, je ralentis, et ralentis encore. Chaque gros rocher est une occasion d’alléger mon dos en y posant mon sac. Je vide la moitié d’un tube de lait concentré et je repars, comme Asterix après quelques gouttes de potion magique. Aliénor prend de l’avance et je termine à mon rythme, épuisé, mais très content.

Je souris en arrêtant ma montre, car elle indique le nombre d’heures de récupération qu’elle juge nécessaire au regard de cette première étape : 36 heures ! Une durée qui va s’allonger au fil des jours et de la fatigue accumulée, et que jamais bien sûr, je ne pourrai respecter. Alors se coucher au plus vite et espérer une nuit aussi réparatrice que possible est un enjeu de taille.

Le refuge consiste en un immense terrain en pente. Ici pas de dortoir, et les repas se prennent dehors. Nous sommes très nombreux, plus d’une centaine et si l’accueil est assez mitigé, l’ambiance est très bonne. Nous installons notre tente à l’ombre des arbres. Je suis surpris de voir à quel point je me sens bien, et ravi de voir que j’ai déjà, au moins partiellement déjà récupéré.

Nous faisons la queue devant un gros container pour récupérer le plateau repas réservé par Ali dès son arrivée, dînons et surtout buvons sodas, eau pétillante et même un peu de bière. Puis nous allons dormir, il est 20h45.
Renaud

Difficulté de l’étape : 4/5
Refuge : 2/5


Jour 2 – Etape 2
Orto di Piobbu – Carrozzu

7,5 km / D+ : 780 m / D- : 917 m / 6h15

Réveillés vers 6h30, nous plions le camp assez vite pour prendre le petit déj du refuge réservé la veille. Nous faisons la queue pour obtenir notre plateau composé d’une briquette de jus de fruit, de pain, de confiture et de beurre. Nous remplissons nos flasques à la source au dessus du refuge et entamons la montée.

GR20, Jour 2, dans la montée vers Bocca di Pisciaghja

Et ça monte, dans la pierre, des pierres de toutes tailles. Nous sommes le plus souvent en plein soleil, et la température serait étouffante s’il n’y avait pas un vent permanent relativement frais. Nous poursuivons notre ascension, en mettant parfois les mains, jusqu’à Bocca di Pisciaghja, à 1950 mètres, d’où la vue est époustouflante. A perte de vue, des pics acérés, sombres, avec très peu de végétation.

Le parcours est aérien et parfois, le vide sous mes pieds stressant. Nous montons et descendons, et mettons les mains pour les passages les plus délicats. Le paysage est splendide !

Après le passage de Bocca di Pisciaghja

Si la montée a mis nos muscles et articulations à l’épreuve, c’est surtout la descente vers le refuge de Carrozzu qui constitue la difficulté majeure de la journée. Elle est technique et surtout interminable, mais nous gardons une bonne allure. Nous dépassons de nombreux randonneurs.

Ali une fois encore prend de l’avance. Je la retrouve en bas, alors qu’elle a choisi deux emplacements possibles pour monter notre tente. Nous choisirons finalement le plus proche du refuge où nous nous installons. L’endroit est agréable, ombragé et la vue de la terrasse est très belle. Le personnel est par ailleurs accueillant.

Avant de dîner, nous nous rendons au point d’eau de Spasimata, distant d’une quinzaine de minutes de marche. Nous nous baignons longuement avant de rencontrer autour du repas, Nicolas, Quentin, Claude et André. Cette rando hors du monde nous permet de sympathiser avec de nombreuses personnes. On se double et redouble, on se voit aux refuges, et les liens se tissent.
Renaud

Près du refuge de Carrozzu

Difficulté de l’étape : 4/5
Refuge : 4/5


Jour 3 – Etape 3
Carrozzu – Station d’Asco

8 km / D+ : 790 m / D- : 640 m / 4 heures

Ce matin, nous parvenons à décoller à 7h15.
Le parcours est très vite aérien, avec de nombreux passages équipés de chaine sécurisant la progression. La montée est raide jusqu’au lac de la Muvrella. C’est pourtant plus raide encore ensuite, lors du passage d’un couloir menant au col de Bocca Di Stagnu. C’est parfois vertigineux, et je dois prendre sur moi pour faire face à mon vertige. Il a trouvé son terrain de jeu, il s’éclate et me met à l’épreuve, mais je compte bien lui résister.

Dans la descente, nous apercevons en contrebas les bâtiments de la petite station de ski d’Asco. Cela semble proche, mais il nous faudra presque deux heures pour y parvenir tant le parcours est encore technique et que par endroits, les cailloux et le sable glissent sous nos pieds.

Je m’arrête souvent pour photographier ou filmer. Parfois aussi, j’enregistre une vidéo que je partage avec notre petit groupe Whatsap. Créé lors de l’Ultra-Marin, il rassemble une cinquantaine de personnes, certaines que nous connaissons à peine, qui ont manifesté le désir de nous suivre dans notre préparation pour notre expédition sur le lac. Nous recevons de nombreux messages d’encouragements en retour et je me délecte de l’énergie généré par ce groupe.

Dans la descente technique vers Asco

Au refuge, nous nous offrons une chambre en dortoir de 4 avant d’avaler une salade de tomates mozza et un plateau de charcuterie. Plus tard, c’est dans le snack voisin que nous prenons le dîner. Un avantage rare, celui de pouvoir payer avec notre carte bancaire et ainsi, d’économiser notre précieux argent liquide (voir plus bas la rubrique « Argent »).

La nuit à l’intérieur est finalement mauvaise. Il y a du bruit et je crève de chaud, au point de largement regretter la tente.
Renaud


Jour 4 – Etapes 4 & 5
Station d’Asco – Tighettu – Ciottulu di i Mori

14,5 km / D+ : 1 820 m / D- : 1 130 m / 13 heures

Aujourd’hui nous doublons les étapes, et commençons donc la journée par l’étape 4, considérée par beaucoup comme la plus dure de tout le GR. Nous nous retrouvons peu avant 5 heures avec Nicolas et les siens. Nous allons les accompagner aujourd’hui et ainsi, limiter le risque de nous perdre dans la nuit. Nous sommes crevés après cette nuit agitée et si c’était possible, nous rendormirions bien trois heures de plus.

Cheminer avec nos amis est un vrai plaisir et nous parlons beaucoup les uns avec les autres, malgré le vent très fort qui parfois couvre nos paroles. Avec Nicolas mais aussi Quentin, nous passons du temps à refaire le monde en marchant, à échanger sur la nature humaine.

Le lever de soleil est splendide, la montée raide et à nouveau technique. Finalement, rien de très original. Mettre les mains est bien souvent obligatoire. Plus nous montons, plus le vent forcit.

Dans les dernières centaines de mètre avant le sommet, le vent forcit encore, au point de rendre notre progression périlleuse. Ceux qui descendent nous avertissent du danger. Le passage de la pointe des éboulis, au pied du Monte Cinto, est très difficile. Nous peinons à tenir debout, et la situation s’empire quand nous apparaissons au vent, sans la protection de la montagne que nous gravissions jusqu’alors. Nous avançons le plus bas possible, jambes pliées, et posant souvent les mains par terre pour ne pas être renversés comme le montre la vidéo. Ici également, on voit clairement la difficulté qu’à Aliénor à progresser dans le vent.

Impossible de nous parler tant il hurle à nos oreilles. C’est pour nous une expérience tout aussi inédite que désagréable. C’est le chaos mais il faut avancer !

© Nicolas Garcia

Bien qu’ensuite à flanc de montagne, progresser dans le vent reste compliqué, de surcroit car par endroit la pente est sévère et certains passages aériens. A quelques reprises, je prends encore sur moi pour affronter la pente.

La descente est moins au vent, mais toujours aussi technique. Nous finissons par apercevoir le refuge à mi-chemin en contrebas, mais le parcours pour y parvenir est encore bien long et bien sûr parsemé d’embûches.

A Tighettu, nous faisons une pause d’une demie-heure, mangeons et buvons un peu, puis reprenons la piste vers la bergerie de Ballone, située 25 minutes plus bas. C’est là que s’arrêtent pour la nuit bon nombre de randonneurs, tant le cadre et l’accueil y sont plus agréables que dans les refuges classiques (voir plus bas « Refuges » dans la partie pratique).

Le parcours remonte bien ensuite, empruntant un sentier agréable et relativement bien praticable au soleil, puis à flanc de montagne et en forêt.

La dernière partie de l’étape est beaucoup plus corsée (j’ignore l’origine de ce mot, mais qu’il vienne d’ici me semblerait tout à fait cohérent !). Il nous faut évoluer dans une longue barre rocheuse assez abrupte dans laquelle mettre les mains est obligatoire. Certains passages sont difficiles et requièrent beaucoup d’attention, en particulier avec la fatigue accumulée en cette fin de seconde étape du jour.

Une fois en haut, il reste une quinzaine de minutes pour atteindre le refuge et nous installer dans la tente. A 2000 mètres, Ciottulu di i Mori est le refuge le plus haut du GR20.

Le vent est très fort et le froid pinçant. L’endroit est peu accueillant, et pas seulement en raison du vent fort qui incite à rester au chaud dans sa tente. Le gardien est aussi froid que le lieu, comme s’il attendait déjà notre départ avec une impatience qu’il ne cherche même pas à cacher.

Les infrastructures sont anciennes et pour tous les randonneurs, une seule douche froide et toilette.

Nous n’avons une place pour dîner qu’à 20h15. Nous engouffrons notre assiette de pâtes avec nos amis de rando, puis regagnons nos tentes moins d’une heure plus tard pour dormir.
Renaud

Difficulté de l’étape : 5/5
Refuge : 1/5


Jour 5 – Etape 6
Ciottulu di i Mori – Manganu

22 km / D+ : 650 m / D- : 1 050 m / 7 heures

Il est 6 heures lorsque nous prenons le départ ce matin. Le vent glacial n’a pas faibli, et nous n’avons qu’une envie, nous mettre en marche au plus vite. Nous nous passerons donc de petit déjeuner.

Le parcours chemine d’abord le long de la crête, et pour la première fois depuis le début du GR, il est assez roulant ! Une longue descente nous fait rejoindre le fleuve Golu, le plus long de l’île, que nous longeons un petit moment. Nous poursuivons ensuite dans la forêt. Après deux heures de marche, il fait déjà très chaud, et marcher à l’ombre est bienvenu.

Au bout de 3 heures qui nous paraissent une éternité, nous atteignons l’hôtel Castel De Vergio. Nous nous y arrêtons une bonne heure et demie. Le soleil et la chaleur contrastent avec le froid et le vent du matin. Au bar de l’hôtel, nous commandons café, salade de fruits, sandwichs au fromage et à la charcuterie corse, eau pétillante, café à nouveau… tout est permis, car nous pouvons payer en carte bancaire ! Cette pause nous fait du bien, et nous prenons notre temps. Malheureusement, c’est également ici qu’André décide de nous quitter. Il est contraint de s’arrêter à cause de douleurs au genou et aux talons qui le tiraillent depuis plusieurs jours.

Nous poursuivons notre chemin dans la forêt, sur un parcours très beau et toujours roulant. Rien à voir avec les premiers jours, ici ce n’est plus la peine de mettre les mains ! La montée continue et la forêt laisse place à une zone découverte, où le chemin serpente jusqu’au col de Bocca à Reta. Les arbres au profil tordu par le vent donnent un aspect particulier au paysage.

Nous atteignons ensuite le lac de Nino autour duquel broutent bon nombre de vaches et chevaux. Le paysage est magnifique, l’ambiance est paisible et nous donne envie de prendre notre temps. Au sol, l’herbe paraît moelleuse, et Renaud et Nico ne résistent pas à l’envie de marcher pieds nus.

Après un moment passé à profiter du paysage, nous réalisons que nous mettons beaucoup de temps… Il faut accélérer le rythme si nous souhaitons arriver avant 17 heures au refuge, et avoir une chance de réserver le dîner du soir ! C’est presque en courant que nous terminons l’étape, par une montée courte, mais raide, à nouveau dans les cailloux !

Le refuge de Manganu est très accueillant, et lorsque nous arrivons, de nombreuses tentes occupent déjà l’espace. Après avoir choisi un endroit le plus plat possible pour planter notre tente, nous partons nous laver dans la rivière, en bas du refuge. Nous en profitons également pour laver notre linge avec un savon écologique. Nous rejoignons ensuite nos amis pour partager notre habituel plat de pâtes, et une Pietra bien méritée.

A 20h30, nous sommes déjà couchés… demain la journée sera longue, car nous avons de nouveau prévu de doubler l’étape !
Aliénor

Difficulté de l’étape : 3/5
Refuge : 4/5


Jour 6 – Etapes 7 & 8
Manganu – Petra Piana – Onda

16 km / D+ : 1 060 m / D- : 1 275 m / 11 heures

Après une nuit quand même un peu en pente, nous nous levons à 4 heures. Nous avons calculé qu’il nous faut environ 1h20 pour nous réveiller, ranger nos affaires, plier la tente, prendre le petit dej et remplir nos gourdes à la source. Notre linge n’a pas eu le temps de sécher dans la nuit, mais tant pis, il sera rangé mouillé dans nos sacs à l’exception d’un T-shirt de course que Renaud accroche sur le devant de son sac.

Pour les randonneurs qui partent tôt, les petits déjeuners sont préparés à l’avance par l’équipe du refuge. A 5 heures, lorsque nous entrons dans la bâtisse, des plateaux avec nos noms nous tendent les bras.

La splendide vue du ciel, en sortant de notre tente

A 5h30, nous sommes prêts à partir, à la frontale. Nous commençons par une ascension de 600 mètres de D+ dans les rochers, qui s’apparente parfois à de l’escalade. Le soleil s’est levé lorsque nous atteignons la Brèche de Capitello, à 2 200 mètres, le point culminant du GR20 après deux heures et 700 mètres de dénivelé positif d’une montée très raide.

Dans la montée vers la brèche de Capitello

Le col nous offre un point de vue magnifique sur les lacs de Capitello et de Melo, sur le Monte Doro, sur la Vallée de la Restonica et le San Pedrone. Nous choisissons cet endroit pour nous offrir une pause « barre énergétique », satisfaits d’avoir vaincu sans mal, la première difficulté de la journée.

A 2200m, au point culminant du GR20

Nous longeons ensuite la crête dans les cailloux, et notre progression est plus lente, car le parcours est vraiment technique. A un passage de chaîne où il faut descendre en rappel sur quelques mètres, on hésite à se lancer, les prises sur la roche ne sont pas évidentes, et le poids du sac nous déséquilibre.

Puis, s’ensuit une longue descente vers le refuge de Petra Piana, toute aussi technique, tant il y a de pierres roulantes. Le refuge est en vue, en contrebas, et je peine à réfréner mon envie de’y courir. Il vaut mieux prendre son temps et rester concentré, car je pourrais facilement me tordre une cheville.

L’arrivée au refuge nous fait plaisir, même si nous n’y resterons que le temps du déjeuner. L’ambiance est sympa, il y a de la musique bretonne, et on peut même s’acheter une barquette de frites ! Dans d’autres circonstances, elle aurait été la bienvenue, mais il fait maintenant tellement chaud que l’on rêve plutôt d’une Orezza bien fraîche. On en profite également pour étendre notre linge au soleil, qui terminera rapidement de sécher sur les rochers brûlants.

Pour la suite de la rando, deux options s’offrent à nous : suivre le tracé du GR, ou emprunter la variante alpine, qui passe par les crêtes et nous fait gagner 1h30 sur le parcours normal. C’est l’itinéraire qu’ont choisi nos compagnons de route. Renaud hésite, car il a peur d’être bloqué par son vertige. Nous essayons d’en savoir plus auprès des gérants du refuge, et ceux-ci semblent dire qu’il n’y a aucun problème. Après une analyse du parcours aux jumelles, nous décidons nous aussi de tenter la variante. L’essai ne dure pas longtemps, et après 25 minutes de marche, et le passage d’une partie technique, Renaud juge préférable de rebrousser chemin. Celui-ci est décidément trop vertigineux. Nous rejoindrons donc le refuge d’Onda par l’itinéraire le plus long.

Il est déjà 14 heures lorsque nous entamons la longue descente dans la vallée, et il fait très très chaud. Par chance, le parcours qui longe le Manganellu est ponctué de vasques dans lesquelles nous prenons le temps de nous baigner. L’eau est froide et transparente, c’est un vrai bonheur ! La descente se poursuit dans la forêt, et nous choisissons de faire une pause une fois arrivés en bas, à la bergerie de Tolla.

Après une dernière baignade, nous sommes prêts à entamer l’ultime difficulté de cette longue journée : une montée de 400 mètres de D+ dans la forêt.

Dans la montée vers le refuge d’Onda

Au refuge de l’Onda, 2 heures plus tard, nous retrouvons nos compagnons de route, ainsi que nos amis Marie et Rémy qui nous ont rejoint pour faire l’étape du lendemain avec nous. Nous partageons avec eux nos lasagnes au Brocciu et aux épinards et allons nous coucher en faisant une impasse sur la douche froide, car il est trop tard et qu’il fait maintenant trop froid.
Aliénor

Difficulté de l’étape : 4/5
Refuge : 3/5


Jour 7 – Etape 9
Onda – Vizzavone

10 km / D+ : 850 m / D- : 600 m / 5 heures

Ce matin, c’est grasse matinée, nous nous levons à 7 heures ! En effet, nous ne ferons qu’une seule étape aujourd’hui, jusqu’à Vizzavone. Claude, Quentin et Nico sont partis plus tôt, et nous les retrouverons normalement demain soir, au refuge de Prati.

Au petit déjeuner, nous prenons notre temps, et pour une fois, cela fait du bien. Malgré la quantité impressionnante de randonneurs ayant dormi là la nuit dernière, nous sommes presque les derniers à plier la tente pour partir à 9 heures. Aujourd’hui, nous marcherons principalement sous la chaleur, mais tant pis, c’était le prix à payer pour quelques heures de sommeil en plus.

Je suis ravie de partager cette journée avec Marie et Rémy, qui la veille, ont fait l’étape en sens inverse pour pouvoir nous retrouver. En même temps, je me sens concentrée sur notre effort, et j’ai parfois du mal à relâcher mon esprit, que j’ai inconsciemment formaté à aller jusqu’au bout. C’est le septième jour, et je commence à ressentir la fatigue physique et aussi psychologique accumulée depuis le départ. C’est vrai, au fond, je ne suis pas à l’aise dans mes vêtements crado que je n’arrive pas vraiment à nettoyer, je me sens pleine de sueur et de poussière, les nuits dans la tente sont fatigantes, et nos journées de marche très longues. Tout cela me convient car je l’ai choisi et je savais à quoi m’attendre, mais j’ai peur de manquer de courage pour les jours suivants si je me « déconcentre » et me laisse un peu trop aller.

Nous entamons une longue montée jusqu’à l’arrête de Punta Muratellu que nous atteindrons au bout de 2 heures. Tofu, le chien de Marie et Rémy, fait des aller retours et gambade comme un mouflon. Le parcours ne semble pas lui poser de problème, malgré les passages techniques de pierres à escalader. Son aisance donne presque envie !

Après le sommet, la descente est longue, et au départ peu roulante, ce qui requiert pas mal de concentration pour ne pas se tordre une cheville. J’en viens presque à regretter mes bâtons, que j’ai choisi de ne pas prendre pour ce GR.

Le parcours qui longe la rivière du Manganellu est ponctué de vasques. La première nous donne trop envie de nous baigner, et nous en profiterons pendant près d’une heure. Ces pauses dans l’eau fraîche sont revigorantes, et nous permettent de mieux supporter la chaleur.

Nous reprenons ensuite la descente vers Vizzavone, cette fois à l’ombre des arbres. Elle nous paraît un peu interminable, car nous avons hâte d’arriver. En effet ce soir, nous nous offrons le luxe de dormir à l’hôtel, dans un vrai lit, et de prendre une bonne douche dans une vraie salle de bain. Ce soir, je crois que je mesure à sa juste valeur tout le confort que ces plaisirs, pourtant simples, nous apportent.
Aliénor

Avec nos amis Marie et Rémy, et Tofu, venus partager cette étape avec nous

Difficulté de l’étape : 3/5
Nuit hôtel : 4/5 


Jour 8 – Etapes 10 & 11
Vizzavonne – E Capanelle – Prati

14 km / D+ : 1 790 m / D- : 824 m / 12 heures

Pas facile de s’extirper du lit lorsque le réveil sonne ce matin ! Il est 4h30, et j’ai l’impression que cela fait seulement trois secondes que j’ai fermé l’oeil. Pourtant, je sens que la nuit a été bénéfique, et je suis prête à attaquer la journée : aujourd’hui, nous doublons une étape !

Ranger nos affaires prend moins de temps que d’habitude, car nous n’avons pas la tente à plier. Nous nous passons également de petit dej, car à cette heure là, tout l’hôtel est endormi, y compris le personnel. Il est un peu plus de 5 heures lorsque nous passons la porte et que nous nous mettons en marche, à la lueur de nos frontales.

Après une centaine de mètres sur le bitume, nous entamons notre première ascension, par une large piste forestière. Malgré le réveil matinal qui peut sembler difficile, j’éprouve un réel plaisir à marcher dans la nuit, et je me sens privilégiée de pouvoir goûter à une ambiance toute particulière. Au loin, je crois deviner des cris de rapaces nocturnes; devant nous, le grognement d’un sanglier qui s’enfuit dans les broussailles. En plus nous sommes au frais.

La piste forestière laisse place à un petit sentier qui monte en lacets jusqu’à la crête. Après 2h30 de marche, nous arrivons au col de Bocca Palmente, où nous nous arrêtons un instant. La vue au dessus des nuages dans la lumière du matin est époustouflante.

S’ensuit un parcours qui longe les courbes de niveau, puis une dernière montée dans la forêt de Sambuccu. Arrivés en haut, nous parvenons à une route bitumée, que nous traversons pour rejoindre le sentier. Après quelques minutes, la station de ski et le refuge d’E Capanelle apparaissent enfin. Il est à peine 10h30, l’heure de prendre un café bien mérité, qui se mariera très bien avec le sandwich au jambon et fromage corses fournis la veille par l’hôtel.

Il reste encore 17 kilomètres à parcourir et près de 900 mètres à gravir pour rejoindre le refuge de Prati, où nous comptons bien retrouver nos compagnons de route. Nous ne tardons donc pas trop à nous remettre en marche, pour espérer arriver avant 18 heures.

La deuxième étape de la journée commence par une petite montée, puis s’ensuit une section assez « facile » à travers une forêt de pins et de hêtres. Au bout d’un petit moment, nous sommes rejoints par Flavien, qui espère terminer le GR en 6 jours. Je suis assez admirative de son rythme, car il porte un sac d’un poids qui semble non négligeable, et pour tenir son objectif, il doit tripler presque toutes les étapes.

Notre allure plus lente semble lui convenir, et notre nouvel ami décide finalement de faire l’étape avec nous, pour s’octroyer une « journée de pause ». Renaud et moi sommes ravis de cette nouvelle rencontre, et c’est tout en bavardant que nous poursuivons notre route. Là encore, nous profiterons d’une vasque sur le parcours pour nous nettoyer et nous rafraîchir.

Plus la journée passe et plus je réalise que quelque chose ne tourne pas rond. Je sens beaucoup mon genou, et ce qui n’était au départ qu’une petite gêne est en train de rapidement se transformer en vraie douleur. Marcher dans les descentes devient compliqué. Flavien me suggère de me strapper le genou et c’est ce que je vais faire en bricolant avec de la bande adhésive emportée dans notre trousse à pharmacie. Elle n’est pas tellement adaptée pour ça, mais j’espère qu’elle fera l’affaire jusqu’à l’arrivée au refuge.

C’est un peu au ralenti que nous terminons ensuite la descente par la piste menant à Bocca di Verdi. Le relais San Pedru di Verde y offre une terrasse accueillante où nous prendrons quelques minutes pour boire un soda, avant d’attaquer notre dernière montée de 600 mètres. La plupart des randonneurs que nous croisons décide de s’arrêter là pour la nuit.

Cette dernière montée jusqu’à Bocca d’Oru puis vers le refuge de Prati est pour moi un véritable enfer tant mon genou me fait mal à présent. En plus de la douleur, je commence à paniquer intérieurement car je ne vois pas trop de solution à mon problème, à part celle d’abandonner. Cette idée me désespère, et je n’ose pas du tout la formuler. Flavien me prête ses bâtons, et Renaud qui me connaît bien met toute son énergie pour m’aider à positiver : pour le moment l’objectif est d’arriver au refuge, et on verra ensuite ce que l’on peut faire. Chaque étape l’une après l’autre. Après une bonne nuit de sommeil, tout ira sûrement mieux… Son enthousiasme me fait du bien, et m’aide à retenir mes larmes.

Nous arrivons à Prati vers 18 heures, et ce sont quatre sourires familiers qui nous attendent à l’arrivée : Claude, Nico, Quentin… et André qui est revenu ! Après deux jours de repos, son genou semble aller mieux et il a décidé de poursuivre l’aventure. C’est un vrai plaisir de les retrouver, et j’en oublie presque ce qui me préoccupe.

Nous dînons tous ensemble en nous racontant nos péripéties respectives, avant d’aller nous coucher, vers 20h30. Ce soir, nous nous coucherons sans nous laver, car il est trop tard pour prendre une douche froide. Et pour mon genou, on verra bien demain. Pour le moment, je n’ai qu’une envie, m’écrouler dans mon duvet !
Aliénor

Difficulté de l’étape : 3/5
Refuge : 3/5


Jour 9 – Etapes 12 & 13
Prati – Usciolu – Croci

24 km / D+ : 950 m / D- : 1 220 m / 13 heures

Aujourd’hui, nous avons prévu une nouvelle fois de doubler une étape. Le réveil sonne donc à 4 heures. Cela devient presque une habitude. Je sens encore beaucoup mon genou, mais il est bien moins douloureux que la veille, une nuit de repos semble lui avoir fait du bien. Dans la nuit, j’ai réfléchi aux options qui pouvaient s’offrir à moi au cas où la douleur serait trop forte pour continuer. Pas facile d’abandonner dans la montagne Corse, il faut forcément marcher longtemps pour rejoindre une route. Rebrousser chemin et redescendre toute seule les 600 mètres gravis la veille ne m’enchante pas du tout, et je préfère choisir de continuer avec Renaud et les autres. Cela m’emmènera forcément quelque part.

Une fois le nez hors de la tente, l’ambiance de la nuit me plaît beaucoup moins que la veille. Il fait froid, il y a beaucoup de vent. On n’a qu’une envie, tout plier, et se mettre en route ! Grâce à la grosse provision de strap que Flavien m’a donné hier soir, je peux refaire mon bandage, avant d’enfiler par dessus la genouillère prêtée par Claude. C’est ça l’ambiance du GR, beaucoup d’entraide et d’empathie ! Je leur en suis extrêmement reconnaissante. Je croise les doigts pour que cela tienne, car la journée va être longue !

Après un petit déjeuner rapide silencieusement englouti dans l’obscurité du refuge, nous nous mettons en marche, en file indienne, à la lueur de nos lampes frontales.

L’étape débute par une montée assez raide, jusqu’à la Punta di a Cappella. Notre rythme me semble beaucoup trop rapide, et mon genou recommence déjà à faire des siennes. Les passages techniques me paraissent infranchissables, et les rafales de vent me tapent sur les nerfs. Une fois arrivés en haut, nous pouvons entrevoir le sentier qui longe la crête en traversant des pentes rocheuses et des zones escarpées d’éboulis. En d’autres circonstances, j’aurais trouvé le paysage magnifique, mais ce matin, cela me semble interminable, et hyper technique. Je suis découragée. Renaud se veut réconfortant, les autres m’attendent, mais j’avance maintenant très lentement tellement j’ai mal. Mon état s’est empiré, je peux à peine plier la jambe.

Après une heure et demi de galère, nous nous rendons à l’évidence, le GR est terminé pour moi. Renaud souhaite m’accompagner jusqu’au prochain sentier qui descend dans la vallée, et qui me conduira certainement à une route. De là, je pourrai faire du stop, ou trouver un bus qui m’amènera dans un village d’où je pourrai rejoindre l’arrivée du GR à Conca et attendre Renaud. Nous faisons nos adieux avec Nico, Quentin, Claude et André. Renaud espère les retrouver le soir au refuge de Croci. Je n’arrive pas à retenir mes larmes, tant je suis déçue, en colère contre moi-même, et fatiguée !
Aliénor

Nous regardons nos amis s’éloigner. Leurs silhouettes se font plus petites sur le parcours devant nous. Je suis très déçu, pour Aliénor en particulier, mais ma priorité pour l’instant est de localiser une sortie afin qu’elle puisse au plus vite rejoindre une route, puis un village. Le sentier particulièrement difficile par endroits semble accentuer sa douleur. Je connais bien ce visage fermé, reflet de douleur, mais surtout de déception et de frustration. Nous sommes seuls au monde dans ce paysage déchiré par la pierre. Le ciel est gris et renforce encore ce contexte négatif.

Pourtant, peu à peu, quand le chemin s’aplanit et devient plus roulant, elle retrouve presque son allure rapide habituelle. Je m’arrête souvent faire des photos et elle prend de l’avance. Plus loin, au col de Bocca di Laparo, son sourire revient à l’évocation de cet endroit précis où elle s’est arrêté trois ans plus tôt avec des amis, lors d’une randonnée Mare à Mare. La douleur semble s’atténuer et devenir supportable.

Nous échangeons par messages avec Pierre et Marie, tous deux respectivement kiné et ostéopathe qui nous partagent quelques conseils, et Aliénor décide de poursuivre.

Tous deux, nous retrouvons le sourire !
Renaud

Lors d’une montée très abrupte de cette 12e étape

J’ai du mal à y croire, ma douleur a presque disparu ! La genouillère et le strap y sont sûrement pour quelque chose, mais il semblerait que la marche plus lente contribue à la guérison. Je n’y comprends pas grand chose et n’ose pas crier victoire trop vite, mais j’ai bon espoir de terminer l’étape. Je souris intérieurement en pensant à la tête de nos amis que nous espérons retrouver au prochain refuge.

Nous poursuivons donc notre chemin sur un sentier qui monte et qui descend dans une forêt de hêtres. Puis, nous quittons l’ombre des arbres pour entamer une raide montée en lacets dans les pierres, sous un soleil de plomb. Cette étape est décidément longue et très technique. Sur le parcours, nous croisons un couple et leurs deux garçons de 8 et 10 ans. Ils crapahutent comme des mouflons, et semblent très à l’aise dans les rochers. Après deux heures de montée, nous parvenons au Monte di a Furmicula, qui culmine à 1981 mètres. Une pause compotes et barres de céréales nous redonne un peu d’énergie avant d’entamer l’ultime longue descente vers le refuge d’Usciolu. Une quarantaine de minutes plus tard, ce-dernier nous apparaît en contrebas. Nous venons enfin de terminer la première étape de la journée. Il est un peu plus de 11 heures.

Dans la descente vers le refuge, au dessus des nuages

«  Vous êtes passés par Lourdes ? » me demande Claude qui a du mal à croire à notre retour. Nos quatre amis nous accueillent avec de larges sourires. Ils sont attablés à l’ombre devant le refuge, et prennent leur déjeuner. Nous sommes ravis de les retrouver.

Après une petite heure de pause, nous repartons tous les six, pour la deuxième étape de la journée. La température est caniculaire, mais je repars le coeur léger. Mon genou ne me fait presque plus mal.

Nous cheminons le long des crêtes un long moment avant de passer la Punta di a Scaddata. Le sentier descend ensuite dans une forêt de hêtres, et le parcours devient plus facile, jusqu’au lieu-dit U Tignuseddu. Par chance, le ruisseau de Veraculoncu nous offre une opportunité de baignade, et l’immersion dans l’eau fraîche fait redescendre d’un coup la température de nos corps. Renaud n’hésite pas à s’y jeter d’un coup, pour ma part, j’ai plus de mal.

La fin du parcours est vraiment roulante et très jolie, à travers les pozzines et les hêtres. Renaud et moi nous arrêtons un instant aux bergeries de Basseta pour boire un soda frais et acheter un morceau de fromage. Enfin, après une dernière montée, nous atteignons les bergeries d’I Croci, où nous passerons la nuit. Il est 18 heures, nous sommes épuisés de cette journée. Le lieu est très accueillant, il y a une super ambiance. Notre dîner sera le dernier partagé avec Nico, Quentin, Claude et André, car demain, ils tripleront l’étape pour arriver à Conca dans la soirée.
Aliénor

Difficulté de l’étape : 4/5
Refuge : 5/5


Jour 10 – Etapes 14 & 15
Croci – Asinau – I Paliri

19 km / D+ : 1 100 m / D- : 1 610 m / 13 h

Ce matin, le réveil sonne à 6 heures. Nous avions trouvé un endroit assez plat pour planter la tente, donc la nuit a été plutôt bonne. Après avoir englouti un bon petit déjeuner, il est 8 heures lorsque nous nous mettons en marche.

La piste qui monte vers la crête de Punta Tuzzareda nous paraît très facile, et dans notre enthousiasme, nous manquons la bifurcation. Ce GR ne nous fait vraiment pas de cadeau, il faut rester concentré jusqu’au bout !!

Une fois le chemin retrouvé, les marques rouges et blanches nous conduisent à travers les buissons d’aulnes, jusqu’au col de Bocca Stazzunara. Celui-ci nous offre une vue magnifique sur les aiguilles de Bavella. En bas, nous apercevons déjà le refuge d’Asinau, première étape de cette journée. Il semble très proche, mais les 500 mètres de dénivelé négatif qu’il nous faut parcourir pour l’atteindre nous prennent en réalité une bonne heure, tant la descente est ponctuée de pierres !

Au refuge d’Asinau, nous faisons la connaissance de Yann qui a prévu lui aussi de s’arrêter à I Paliri ce soir. Nous le retrouverons régulièrement sur le parcours, tout au long de la journée. Après une vingtaine de minutes, nous reprenons notre descente jusqu’au fond du vallon. Le sentier en courbe de niveau nous fait traverser une forêt de pins et de bouleaux. Pouvoir marcher à l’ombre est une chance, car c’est déjà la canicule.

Nous passons le panneau indiquant la variante alpine, que nous choisissons de ne pas prendre. A ce stade de l’aventure, nous avons maintenant envie d’aller au plus simple. Il nous faudra environ 4 heures pour parvenir jusqu’au col de Bavella, que nous atteindrons en milieu d’après-midi. Nous avons très chaud, et si l’ombre des arbres nous épargne un peu, nous avons l’impression de cuire lorsque le ciel se découvre. A chaque fois que j’enlève mon sac pour faire une pause, je sens la chaleur emprisonnée s’échapper de mon dos. Cette sensation me fait penser aux chevaux à qui on enlève leur selle après qu’ils aient beaucoup transpiré : il y a toujours beaucoup de fumée qui s’échappe !

Parfois à la lecture du guide, nous apprécions de savoir où nous en sommes dans l’étape

Le col de Bavella est accessible en voiture, et lorsque nous l’atteignons, nous croisons une foule de touristes. De nombreuses terrasses de restaurants s’étendent le long de la route, et nous resterons attablés près d’une heure et demie à l’une d’elles. Nous avons très soif et faim, et la serveuse ouvre de grands yeux lorsqu’elle écoute l’ampleur de notre commande !

Il est presque 17 heures lorsque nous repartons, et la fin de l’étape nous semble plus facile. Yann nous a rejoint, et nous marchons tous les trois dans une forêt de résineux, il fait plus frais.

Peu avant le refuge de I Paliri

Enfin, nous atteignons le refuge d’I Paliri. Le lieu est super accueillant, et il y a une bonne ambiance.

Nous arrivons trop tard pour réserver le dîner, nous partagerons ce qu’il nous reste de pain et de charcuterie corse avec Yann et ses deux amis belges. A notre table également, un Allemand avec sa fille. Il termine son 18e GR20 !
Aliénor

Difficulté de l’étape : 3/5
Refuge : 4/5


Jour 11 – Etape 16
I Paliri – Conca

13 km / D+ : 320 m / D- : 1120 m / 4h15

Le réveil sonne à 5 heures. Rapidement, nous sortons nos affaires de la tente et entamons le rangement. A la lueur de la frontale, l’opération maintenant rodée nous prend moins de temps. Nos gestes sont plus assurés et notre campement est plié en une vingtaine de minutes seulement.

I Paliri étant le dernier refuge du GR20 dans le sens nord-sud, le sens le plus souvent choisi, beaucoup choisissent d’y faire la fête. Ainsi, plusieurs randonneurs ont chanté et crié jusqu’à plus de 2h30 du mat, et nous sentons le manque de sommeil.

Nous rejoignons un bâtiment dans lequel nous sommes les premiers, et où nous buvons un café et un thé (froid). Nous y abandonnons le contenu du sac du petit déjeuner à 8 € : un morceau de pain assez dur, un mini pot de confiture et de beurre.

Cette étape d’un peu plus de 13 kilomètres est sans commune mesure avec les précédentes, et pas seulement car il s’agit de la dernière. Le terrain est bien plus accessible, moins caillouteux, la végétation plus dense. S’il faut monter 370 m de D+, il nous faut surtout descendre vers Conca, un total de 1 100 m.

Aliénor dans la montée vers la crête de Bocca d’Usciolu

Le jour se lève sur un splendide panorama. Aliénor reste assez silencieuse, elle a mal à la tête. Nous montons et descendons à bonne allure et accélérons encore quand le parcours s’aplanit.

Quand nous passons la crête de Bocca d’Usciolu, nous apercevons au loin la baie de Porto-Vecchio. De là, le parcours longe la courbe de niveau ou descend franchement vers Conca dont nous finissons par apercevoir les premières maisons et l’église.

Nous atteignons finalement la route sur laquelle il nous faut encore descendre une quinzaine de minutes avant d’atteindre la panneau qui marque, avec originalité, la fin du GR. Comme dit notre ami Marc Mortemans « Les raidakteur de la plaqke seront pendus demain à l’aube » ☺️.

Arrivée à Conca

Je suis heureux et je ne le cache pas, Aliénor est très émue également. Nous posons nos sacs à la terrasse d’un bar, je retire chaussures et chaussettes que je ne remettrai plus, et nous commandons des boissons fraiches, puis d’autres encore. Il est temps qu’on prenne une douche, la dernière date de 4 jours et un bain rapide dans les vasques n’a pas suffit à nous rendre présentable.

Je me sens comblé par cette expérience rare. Je suis heureux de l’avoir partagé avec Ali, mais aussi avec de nouveaux amis. J’ai apprécié d’avoir été hors du monde 11 jours durant, sur un parcours loin de tout. Hors du monde avec un groupe de personnes inconnu avec lequel on tisse des liens très vite, et pour certains durables. Un groupe avec lequel on progresse, qui va et vient, que l’on double et qui nous double, et que l’on retrouve le soir au refuge, ou pas. Stéphanie et Etienne, Davide et son père de 80 ans qui terminait les étapes tard le soir avec le sourire, avant de déclarer forfait ; Nicolas, Quentin, Claude et André ; Thibaud et Julie, Flavien, Charles, Yann et tant d’autres !

C’était dur, par moment très dur, mais j’ai la conviction que cette nouvelle aventure partagée avec Ali à renforcé une fois encore notre équipe pour le lac 🧊 Il nous reste plusieurs étapes de préparation, mais pour le physique, notre expédition sur le lac devrait être moins difficile.

Le GR20, c’est une expérience exceptionnelle que chacun devrait vivre. Une expérience brute de communion avec la nature, sans artifice. Un formidable moyen de mieux se connaître !

A présent, nous pouvons nous préparer pour les prochaines étapes, dont la Grande Traversée du Jura dans les conditions et avec le matériel du lac 🧊 en janvier prochain. Cette fois la tente, le matériel et notre nourriture seront dans nos pulkas et nous n’aurons pas de refuges sur le parcours, juste un coin dans la poudreuse ❄️

Si vous souhaitez suivre cette étape de préparation et les autres, suivez notre page FB, Insta ou envoyez nous un message pour rejoindre notre groupe Whatsap.
A bientôt
Renaud, et Aliénor

Difficulté de l’étape : 1/5
Refuge : 3/5

Pratique

Alimentation

Que manger durant le GR20, est un sujet qui nous a pas mal occupé durant notre préparation. Il nous fallait rassembler de quoi obtenir l’énergie nécessaire aux étapes, entre petit déjeuner et dîner, sans pour autant trop nous encombrer ni nous alourdir.

Nous sommes finalement parti avec chacun, un kilo d’un mélange composé de noix de cajou, amandes, noisettes, raisins secs, baies de goji et cannegerge emballé dans deux sacs de congélation.

J’avais aussi pour ma part deux petits tubes de lait concentré, une quinzaine de petites gourdes de compote de pommes et une dizaine de barres et gel énergétiques pour 1,5 kg au total. J’avais donc 2,5 kg de nourriture au départ à Calenzana.

Nos amis Marie et Rémy venus faire une étape à mi-parcours, nous avaient apporté une réserve de compotes et quelques barres.

Au final par jour j’ai en moyenne consommé durant chaque étape quotidienne (de 5 à 13 heures) :
– 5 compotes de pommes
– 1 petit tube de lait concentré
– 1 barre énergétique

Nous avons par ailleurs dîné dans les refuges chaque soir et y avons pris le petit déjeuner (à trois exceptions près, étant partis trop tôt).

Argent

L’argent peut facilement devenir un problème sur le GR20, puisqu’il n’y a aucun distributeur en chemin, et qu’à quelques rares exceptions près, payer par carte bancaire est impossible. C’est en tout cas impossible dans les différents refuges. Un dîner coûte environ 20 € par personne, et il faut compter environ 8€ pour le petit déjeuner. A cela ajoutez les boissons et la facture s’alourdit vite. Nous dépensions facilement 40 € chacun au refuge pour la nourriture et les boissons, ayant réservé l’emplacement de notre tente à l’avance.

La photo ci-dessous donne une idée des tarifs appliqués sur le GR20 en août 2021.

Ainsi, prévoyez avec attention le montant dont vous aurez besoin en fonction du nombre d’étapes que vous envisagez, et ajoutez 20 % environ pour les imprévus. Nous avons vu plusieurs personnes à cours d’argent cherchant désespérément à s’en faire avancer.

Les seuls lieux du GR où vous pourrez manger et éventuellement dormir en payant avec votre carte bancaire sont les suivants :
L’altore, à Asco (étape 3),
L’hôtel Castel de Vergio (étape 5)
L’hôtel Vizzavona (mais pas seulement) à Vizzavona (étape 8).

Les prix au refuge de Carrozzu en août 2021

Bâtons, ou pas bâtons ? 

A mon sens, la question ne se pose pas, mais comme Ali a décidé de s’en passer et qu’elle crapahutais souvent devant moi sans paraître en manquer, elle se pose sans doute. Alors à vous de voir, mais voici pour commencer mon point de vue.

J’utilise des bâtons depuis toujours sur les trails, et évoluer sans eux sur un parcours accidenté comme celui du GR 20, me semble inconcevable, à fortiori maintenant que je sais précisément de quoi je parle. Ceux que j’utilise sont en carbone et donc très léger, et par ailleurs pliables en trois parties. Alors c’est vrai, ils sont inutiles et même encombrants dans les passages aériens où l’aide des mains est nécessaire, et j’ai dans ces zones souvent demandé à Ali de les ranger dans mon sac. Elles les a même parfois porté dans les passages où mon vertige rendait ma progression plus difficile encore. Malgré cela, je n’ai pas regretté un seul instant de les avoir emporté. Ils m’ont été indispensable sur disons, 90% du parcours.

Ils facilitent l’équilibre et permettent de bien mieux répartir la charge dans les montées. En descente, ils soulagent les articulations et les muscles tant ils amortissent les chocs. Mes dragonnes ont lâchées durant les derniers jours de la rando, et ils étaient pas mal abîmés (ils étaient par ailleurs loin d’être neufs) au point que je décide de les laisser en Corse et d’en commander une paire neuve pour les trails à venir.
Renaud

Eau

Nous sommes partis chacun avec une poche à eau de 2 litres, et deux flasques de 500 ml chacune. A aucun moment, je n’ai tout rempli. Tout au plus, j’avais la poche à eau et une flasque remplies, et ce malgré les températures élevées des derniers jours. Il me semble cependant plus raisonnable d’avoir 3 litres en tout car les sources sont assez rares. Vous pourrez toujours faire vos réserves dans le fleuve ou les rivières, mais n’oubliez pas pour cela les indispensables pastilles de Micropur à laisser une demi-heure au moins avant de boire. Vous risquez sinon de bien le regretter.

Electricité et réseau

Tous les refuges disposent au moins d’un générateur, et la grande majorité d’entre eux proposent donc de recharger vos téléphones et batteries diverses en échange d’1 à 2 € pour une recharge complète. Il s’agit le plus souvent d’un prix par personne, et vous pourrez donc recharger plusieurs objets pour le même prix si besoin.

Il y a par ailleurs du réseau en de nombreux points du parcours, le plus souvent en hauteur, mais presque jamais aux refuges.

Froid

Même en plein été, la météo sur le GR20 peut rapidement passer de clémente à horrible. Il est fondamental de prévoir à la fois de quoi affronter le froid souvent de mise aux altitudes les plus élevées du parcours, mais pas seulement, et aussi la pluie qui peut transformer votre randonnée en une épreuve très désagréable. Vous trouverez ici un certain nombre d’informations utiles sur le sujet.

N’étant pas du tout frileux, j’avais tout de même emporté un bonnet, un t-shirt manches longues en Merinos et un collant long que je n’ai mis en tout et pour tout que deux soirs et lors de la montée dans la tempête. J’avis enfin une veste légère et très peu encombrante contre le vent et la pluie que j’utilise en trail. C’est le strict minimum, n’emportez surtout pas moins. Lors de l’étape 4 et la montée vers la pointe des éboulis, des gants fins auraient été bienvenus.

Matériel

La liste du contenu de mon sac à dos est présentée ici. Nous avons passé beaucoup de temps à étudier et comparer les meilleures options. Et si c’était à refaire, je laisserais simplement à la maison les trois livres de poche emportés au départ et j’ajouterais une paire de gants fins, rien d’autre.

Pour ce qui est du volume du sac, le 36 litres pour lequel nous avions opté me semble là aussi un excellent choix. C’est suffisant pour tout contenir sans être trop grand et bien remplis, nos sacs n’ont jamais, eau comprise, dépassé les 14 kilos les premiers jours.

Orientation

Le marquage sur la totalité du GR 20 est de très bonne qualité. Les marques sont claires, visibles et surtout très nombreuses. Il est ainsi presque toujours possible de localiser la prochaine marque quand on se trouve au niveau d’une d’entre elles.

Pourtant, tout le monde se perd une fois au moins. Quand on a les yeux rivés sur le sentier devant soi pour ne pas tomber, il est facile de suivre ce qui semble être la trace. Il y a des dizaines de sentiers parallèles empruntés par les randonneurs qui se trompent. Ainsi, être sur un sentier marqué par de nombreuses empreintes n’est pas un indicateur suffisant. Si vous passez ne serait-ce que 30 à 45 secondes sans voir une marque, c’est que vous n’êtes plus sur le GR. Il est alors grand temps de faire demi-tour.

Nous n’avions avec nous que le guide officiel, mais n’avons jamais eu besoin de lui pour nous orienter. La carte n’est pas davantage utile et nous ne l’avons acheté qu’après notre retour. Elle peut par contre servir si vous souhaitez localiser les routes vous permettant, si nécessaire, de quitter le GR.

Alors soyez pleinement rassurés, vous trouverez votre chemin sans mal même si l’orientation n’est pas votre fort.

Préparation

La préparation pour cette randonnée très exigeante est essentielle. Choisissez votre matériel avec soin et assurez vous de ne pas porter plus de 15 kilos, sac et eau compris.

Prenez le temps d’étudiez le parcours et vos étapes et adaptez le à vos envies et surtout, à votre niveau. En 16 jours, c’est déjà (très) difficile. Et c’est très différent de le faire en 12 et à fortiori en 8 ou moins.

Préparez vos pieds. Les abandons pour ampoules ne sont pas rares. Environ trois semaines avant le départ, vous pouvez appliquer chaque jour une dose du spray Tano. Il aide à renforcer la peau et limitera l’apparition des ampoules. Emportez ensuite sur la randonnée de la crème Nok, que vous pourrez appliquer chaque matin pour cette même raison.

Quitter le GR20

Il est dit que près de la moitié des randonneurs qui entament le GR20 ne vont pas jusqu’au bout. Les raisons d’abandonner sont souvent dues à des problèmes articulaires, des douleurs aux genoux, aux pieds, mais aussi à un manque de préparation pourtant nécessaire pour affronter un parcours d’une telle difficulté. Si le physique tient, le mental aussi lâche parfois.

Voici donc ici les différentes sorties de secours pouvant vous permettre de rejoindre, plus ou moins rapidement la civilisation.

Pour celles et ceux d’entre vous qui vous arrêtez à Vizzavonne, les possibilités sont nombreuses.

Depuis Conca, il y a une navette qui part trois fois par jour à 11 heures, 15h45 et 18h15. Elle rejoint Porto Vecchio en 45 minutes environ.

Refuges

Dans la préparation de votre GR20, prendre le temps de bien choisir vos refuges me semble incontournable. Si vous décidez de le faire en 16 jours, c’est assez simple, un refuge par soir aux endroits suggérés est une possibilité. Cependant, l’accueil comme les infrastructures sont très inégaux d’un endroit à l’autre.

Dans chaque refuge, vous pourrez dormir dans une tente déjà montée sur place, ou pour moins cher, installer la vôtre sur un emplacement libre. Le moins cher revient à réserver en ligne à l’avance. Dans certains refuges seulement, vous pourrez dormir en dortoir à condition que vous ayez un sac de couchage.

Dans la mesure du possible, privilégiez les bergeries (privées) dont voici la liste. Vous ne pourrez pas réserver en ligne à l’avance comme sur le site du Parc naturel régional (par mail ou téléphone parfois par contre), mais les infrastructures sont plus modernes, les épiceries mieux équipées et l’accueil surtout le plus souvent plus chaleureux. Dans certains d’entre eux et pour une somme plus importante, vous pourrez même disposer d’un bungalow privé. Celle de i Crocci, où nous nous sommes arrêtés l’avant dernier soir, à son propre site web.

Réserver à l’avance est une sécurité dans les refuges publics, en particulier si vous arrivez après 17h30 ou 18 heures, mais les atteindre plus tôt sans réservation n’a pas semblé poser de problèmes aux randonneurs concernés que nous avons rencontré.

Vous trouverez d’autres informations ici et ici.

Le GR 20 à l’horizon

GR 20, le sentier de la traversée de la Corse

GR 20, nous y sommes presque

Après le Grand Raid de l’Ultra-Marin les 2, 3 et 4 juillet, c’est désormais vers la Corse que nous regardons. Lundi 2 août prochain, nous foulerons la montagne Corse pour les premiers pas du GR 20 qui devrons nous mener à Conca, 12 jours plus tard.

Pour l’instant, nous restons prudents et à l’écoute des douleurs que l’Ultra-Marin a laissé à nos chevilles. Ainsi, nous n’avons mis fin au repos complet entamé dès la fin de la course le 4 juillet, que par quelques sorties douces et courtes en VTT et à pied.

En parallèle, moi en tout cas (le tendinite d’Ali lui ayant permis de récupérer plus vite que ma periostite), je poursuis les massages, étirements et séances de Compex sur la zone endolorie. Pierre Gabory notre kiné, également responsable des questions de nutrition au sein de notre équipe de préparation au lac, m’a cependant donné le feu vert pour le départ.

Nous avons rassemblé le matériel nécessaire dans nos sacs, et nous nous familiarisons avec les étapes que nous avons envisagé.

Le contenu de nos sacs

Nous réaliserons le parcours en rando, et je ne devrais pas porter plus 14 kilos, 11 pour Ali, y compris les 2,5 L d’eau que nous pourrons avoir dans le sac. Nos sacs s’allègeront au fur et à mesure de la consommation des barres énergétiques et des compotes que nous emportons au départ.

Nos étapes

Sur nous et dans le sac

Grand raid de l’Ultra-Marin

La veille du départ, lors du retrait des dossards

Ultra-Marin, nous y sommes

Nous sommes lundi 5 juillet, le jour est levé depuis peu et je trouve le silence environnant propice à raconter ce week-end passé, sur le grand raid de l’Ultra-Marin. Dans la pièce voisine, Aliénor dort encore.

Je me sens groggy !

Pas comme un lendemain de fêtes, plutôt après un évènement hors du temps, au cours duquel les émotions nombreuses n’ont cessé d’apparaitre dans toute leur intensité. Et ce n’est pas terminé. Je me sens reposé, mais particulièrement vulnérable. Comme si cette aventure partagée avec celle que j’aime durant presque quarante heures, avait mis à nu toute mon humanité. Il m’a fallu un moment pour rejoindre le canapé depuis la chambre. Ce matin comme hier après-midi, c’est ma cheville enflée et douloureuse qui donne le tempo.

L’envie de faire le tour complet du Golfe du Morbihan à l’occasion de l’Ultra-Marin remonte à 2019. Nous avions déjà participé à deux autres distances de cette course et Alie trouvait que fêter ses 30 ans avec la plus longue des épreuves était une bonne idée, que j’ai immédiatement partagée. Avec notre projet de traversée du lac Baïkal en autonomie en février 2023, l’Ultra-Marin s’est naturellement imposé comme une première étape sur notre parcours de préparation. Une formidable occasion de nous tester physiquement, et mentalement.
Je raconte notre préparation dans un article précédent ici.

Un peu avant le départ, je propose à quelques ami(e)s de les ajouter à un groupe whatsapp pour partager, si nous le pouvons, quelques photos et vidéos durant la course. D’abord composé d’une poignée de copains, le groupe grossit pour atteindre près de 90 personnes au moment du départ.
La majorité des vidéos partagées sur ce groupe se trouvent à présent sur notre page YouTube ici.

C’est parti

Vendredi à 18 heures, quand nous rejoignons la zone de départ sur le port de Vannes, nous sommes prêts, sereins. Notre objectif est de terminer la course ensemble, rien d’autre.

Quand nous nous élançons, nous avons le sourire sous le ciel bleu. Comme prévu et discuté avec Nicolas Cerisier, notre coach, nous courons les premières heures sur une base de 8 minutes de course, et 2 minutes de marche. Une alternance testée durant nos entrainements, qui nous convient bien, et qui permet de retarder le moment ou courir devient impossible. Le plus difficile est alors de ne pas courir trop vite. Quand on s’est préparé pour un 180 kilomètres, les 50 premières bornes sont plutôt faciles. Le danger de se laisser emporter par son enthousiasme guette. Partir trop vite, c’est limiter ses chances de passer la ligne.

Passage à Conleau

Nous profitons du paysage, croisons Karine venue nous encourager, restons concentrés sur nos allures avant d’allumer nos frontales vers 22h45. Nous avons de bonnes sensations jusqu’à ce qu’Aliénor commence à ressentir des douleurs à l’estomac.

Premières douleurs

Avant le départ, nous avions beaucoup échangé sur la manière dont nous aborderions les problèmes qui sans conteste, allaient survenir. Nous l’avions fait ensemble, et avec notre ami Simon Allaz, notre préparateur mental. Nous avons défini notamment un barème de ressentis, allant de 1 à 10. Il est censé représenter le mélange de nos sensations physiques et psychologiques. Et nous avions convenu de clairement dire les choses, tout de suite et sans détour. Le meilleur moyen de terminer ensemble, était bien de tout partager et de pouvoir nous soutenir si besoin, d’une manière appropriée.

Penboc’h

Aliénor alternait alors entre 6 et 7. Je voyais son visage crispé. Entre Arradon et Larmor Baden dans la nuit noire, elle s’est allongée sur une pelouse sur le ventre. Elle est restée ainsi quelques minutes, et la douleur s’est atténuée. Au ravitaillement un peu plus loin, elle a complètement retrouvé son sourire rayonnant. Nous avons passé une bonne dizaine de minutes à boire et manger, à plaisanter avec les bénévoles, puis sommes repartis comme neufs.

Dans la nuit à plusieurs reprises, je tape mes chaussures dans des cailloux ou des racines. A chaque fois, je déchire le silence d’un cri pas toujours contenu. En raison du terrain accidenté, nous favorisons la marche, et ne courrons que quand le sol est totalement dégagé. Nous avons prévu d’attendre le ravitaillement à Crac’h, au km 68 pour notre première étape de repos. Au regard des prévisions météo, la pluie ne va pas tarder à se montrer.  Si c’est le cas, adieu la période de repos que nous attendons. Pas question de nous allonger sur une pelouse s’il flotte. Nous décidons alors de nous arrêter au prochain ravitaillement, au Bono, mais encore distant de quelques kilomètres.

Au ravitaillement, les brulures d’estomac d’Alie sont totalement passées

Et peu après la pluie se met à tomber. Pas un gentil crachin breton non, une vraie bonne averse, froide. Nous accélérons pour rejoindre le ravitaillement au plus vite, et une demi-heure plus tard environ, nous entrons dans le bourg. Nous passons une sorte d’abri à bateau avec un banc sur lequel est assis une concurrente en train de se changer. On s’installe près d’elle, puis finissons par nous allonger sur le banc où nous espérons profiter d’un peu de sommeil. La planche est étroite et je me dis qu’un simple éternuement pourrait nous faire mordre la poussière. Elle est par ailleurs un peu courte et mes jambes sont exposées à la pluie.

Où nous recréons le radeau de la méduse

Alors au bout d’une dizaine de minutes, on se remet en route pour apercevoir assez vite les tentes du ravitaillement. De loin, on dirait un abri, de sans-abris. C’est un peu ça la réalité. Des concurrents assis dans le froid et le vent sous une bâche les protégeant de la pluie, certains enroulés dans des couvertures de survie marquant leur abandon. Le lieu sent la déprime, un peu la résignation aussi, et notre déception d’apprendre qu’il n’y a plus de soupe chaude est grande. Le plat que nous espérions tant, l’énergie pour repartir sous la pluie, adieu. Alors on avale une petite portion de pâtes et nous buvons un thé chaud. Dans la tente des secours, plusieurs concurrents ayant abandonnés sont allongés. Nous reprenons le sentier des douaniers enroulés de la couverture de survie obligatoire qui est dans notre sac. L’effet est immédiat, et c’est au chaud que nous affrontons à nouveau la pluie glaciale qui nous gifle le visage.

Le sol est détrempé, on court à allure très réduite ou nous marchons pour éviter de voler. Par moment, on rejoint ou sommes rejoint par un autre concurrent. On parle quelques minutes puis nos allures nous séparent. Il y en a certains que nous verrons plus ou moins régulièrement durant les 20 dernières heures.

Nous passons le magnifique port de St-Goustan sans y croiser personne, poursuivons notre progression dans une nuit noire intense simplement éclairée du faisceau de nos lampes.

La tendinite à la cheville montre ses premiers signes

Le visage d’Alie se ferme un peu dans la matinée. Une douleur au bas de sa jambe droite devient de plus en plus présente. Elle m’en parle, nous en parlons, et j’évoque à mon tour mes orteils sensibles. Nous n’avons sinon mal nulle part. Nous nous alimentons régulièrement, mais si je peux encore consommer la majorité des barres que nous avons choisi et testé lors des entrainements, les tolérances d’Ali en la matière sont plus limitées.

Le jour se lève et c’est un véritable réconfort. A Crac’h, nous faisons une bonne pause et Aliénor parvient à s’endormir quelques minutes sur un banc, pas moi.

Au ravitaillement de Crac’h

Nous repartons revigorés et notre plaisir passager est renforcé par les paysages du bord du golfe puis plus loin, par la vue sur l’océan. Il y a du vent, mais aussi un soleil bienvenu quand nous atteignons à Locmariaquer, le ponton pour la traversée de l’entrée du Golfe.

Locmariaquer

A cet endroit, l’océan se jette dans le Golfe avec un courant, nommé la jument, qui est le second le plus puissant d’Europe. On enfile les gilets de sauvetage et nous nous installons dans le zodiac avec une dizaine d’autres participants au trail. Aliénor est assise derrière le poste de pilotage et moi à l’avant. Quand je tourne la tête, c’est elle qui est aux commandes et je la vois sourire en suivant les recommandations du skipper. C’est surnaturel. Comme je suis crevé et que je vois les choses avec beaucoup moins d’objectivité que d’habitude, je me demande un instant si elle ne va pas ensuite faire un saut en élastique avant de partir en hélico. Je ris tout seul et dans le bruit du moteur et du vent, personne ne le remarque !

Alie aux commandes du zodiac

Une fois sur le quai nous retirons nos chaussures et nos chaussettes pour la première fois depuis le départ. Mes orteils sont un peu marqués par les coups dans les pierres et les racines et une ampoule commence à s’installer. Nous reprenons notre rythme d’alternance entre la course et la marche au feeling cette fois.

On se pose, mais ne parvenons pas à dormir

Au gros ravitaillement d’Arzon, au kilomètre 87, nous retrouvons Marion et Martin. Arzon est l’un des deux points de la course où l’aide extérieure est autorisée. Et nous ne pouvons accueillir qu’une personne par coureur. C’est là aussi que nous récupérons le sac déposé avant le départ, et dans lequel se trouve des vêtements de rechange, de quoi nous laver et un peu de nourriture. A l’entrée du stade, Ali et moi passons nos jambes et nos pieds sous un jet d’eau froide revigorante. Puis, nous mangeons un peu avant de nous installer par terre pour dormir, la tête sur le sac de rechange. Nous parvenons à nous détendre, mais pas à dormir. Par contre nous nous changeons, et le temps passé avec nos amis recharge un peu les batteries. Dans le gymnase bruyant, les coureurs mangent, se changent, se font soigner par les médecins et infirmiers présents sur place. Je laisse un long message à notre groupe sur Whatsapp et les réponses et les encouragements, comme à chaque fois depuis le départ, sont nombreuses et nous font un bien fou.

Marion et Martin venus nous soutenir à Sarzeau

Quand nous repartons une heure plus tard, nous sommes surtout vigilants aux barrières horaires intermédiaires. En dépasser une c’est être mis hors course. Ainsi, les possibilités de nous reposer ne sont plus très nombreuses et nous devons compter le temps que nous nous accordons à chaque ravitaillement. Plus loin, nous faisons un bref arrêt pour donner à Aliénor un peu de répit. Sa cheville est de plus en plus douloureuse.

La cheville d’Alie la fait souffrir de plus en plus

Tenir les barrières horaires

Et puis la nuit tombe. Nous cheminons parfois seuls, parfois en petit groupe. Pour être passé plusieurs fois par-là, nous savons le paysage magnifique mais n’en distinguons rien. Nous gardons le faisceau de la lampe dirigé vers le sol devant nos pieds.

Alors à Sarzeau où nous arrivons un peu avant 21 heures, on regarde la montre. Il fait encore bien jour. J’avale des riz au lait et des compotes de pommes avec des palets bretons et j’en remplis mes poches. Nous discutons avec les bénévoles et d’autres concurrents puis nous reprenons le sentier, appuyés plus fortement encore sur nos bâtons. Emeric, un concurrent que nous croisons à plusieurs reprises depuis plusieurs heures se joint à nous pour être moins seul. Un peu avant que la nuit ne tombe, nous retrouvons mon frère Stéphane et sa femme Lydia. Stéphane a déjà deux grands raids à son actif et quelques heures plus tôt, il terminait brillamment le 100 km.  Passer quelques minutes avec eux nous fait du bien, et ils nous rejoignent une fois encore un peu plus loin.

Au ravitaillement de Sarzeau

A l’approche du village du Hezo, nous sommes une douzaine à longer le Golfe en file indienne et à un bon rythme. La douleur d’Aliénor a pris de l’ampleur. Elle grimace. Lydia, ma belle-sœur qui avec mon frère habite tout près viennent nous encourager. Plus tôt cet après-midi, mon frère terminait le 100 kilomètres en 14h18.

Avec mon frère Stéphane et Lydia ma belle-soeur, venus nous encourager sur le parcours

Alie serre les dents et fini par avaler un antalgique. Le prochain ravitaillement nous apparait particulièrement loin. Dès notre arrivée, Aliénor file à la tente médicale et se fait poser un strap par une jeune kiné. Pendant ce temps, je me nourris assis dans l’herbe sous la pluie qui se remet à tomber en fine gouttes. Nous décidons de nous accorder un peu de sommeil, et nous allongeons 30 minutes sur des lits de camp. Nous nous endormons une quelques secondes et nous sentons bien mieux quand le réveil sonne. Nous repartons remontés et marchons quelques temps à meilleure allure.

A Noyalo, nous rattrapons un autre couple, puis plusieurs autres coureurs. Nous progressons ensemble un bon moment, alternant les passages en sous-bois et les zones habitées. Sur le bitume, la route est souvent très droite et nous nous endormons. Je totalise à peine 40 minutes de sommeil depuis le départ et Alie à peine plus. A deux reprises, un gars de notre groupe me rentre dedans. Il peine à marcher droit. Nous sommes à fleur de peau, et personne ne parle. Nous avançons dans la nuit en silence. Seul résonne le bruit des bâtons sur le bitume. Les douleurs d’Aliénor au bas de sa jambe ont repris de l’ampleur, et j’ai la même douleur depuis quelques heures à l’autre jambe.

Nous attendons avec impatience le gros ravitaillement de Séné, au km 147. Nous prenons à trois un peu d’avance sur le reste du groupe. A deux kilomètres du gymnase, une énorme averse se met à tomber. Elle est froide, désagréable et nous serrons les dents. Quand nous passons la porte du gymnase, nous sommes gelés, épuisés, et impatients de pouvoir dormir un peu. Il est à peine plus de 6 heures du mat et nous devons avoir quitté les lieux avant 7 heures pour rester dans la course. Par ailleurs, malgré le repos dont nous avons désespérément besoin, rester trop voudrait dire ne plus avoir le droit de ralentir jusqu’à l’arrivée.

Moment difficile au ravitaillement de Séné

Il reste 30 kilomètres, et nous devons passer la ligne avant 13 heures. On retire nos vêtements trempés, on s’enroule dans une couverture de survie puis, avoir mangé un peu, nous nous allongeons sur un tapis de sport, mettons le réveil et nous endormons immédiatement. Quand il sonne, je me sens hagard, perdu, défoncé, déprimé. Ma cheville me fait beaucoup souffrir. Aliénor prend le dessus. Sa cheville n’est guère mieux, mais c’est elle qui mène et me guide. On se rhabille, on replie nos flasques et nous sortons du gymnase peu avant 7 heures.

Le jour se lève tout juste et je reprends le dessus. Alie à son tour se laisse porter. Je donne le rythme, gardant un œil sur la montre pour ne pas passer sur les 4 kilomètres à l’heure. Je tiens à ce que nous fassions monter notre moyenne pour la suite, pour les moments où trop fatigués, nous ralentirons le rythme. On passe à 4,4km/h et tenons l’allure un bon moment.

La douleur à nos pieds s’intensifie encore. Nous sommes plus loin rattrapés par les serre-fils, deux dames qui ferment le parcours derrière nous. Le parcours est beau. Nous marchons par endroit sur la plage et nous arrêtons parfois quelques instants sur un banc pour soulager nos chevilles.

Alie serre plus que jamais les dents, et éclate parfois en sanglots lors des encouragements d’un concurrent de la marche nordique qui nous double à vive allure. Nous passons le ravitaillement de Séné Barrarac’h, le dernier avant l’arrivée à un peu plus de 12 kilomètres de l’arrivée. J’avance en tête et fais mon possible pour ne pas me focaliser sur ma cheville douloureuse et enflée.

S’arrêter…

Nous marchons encore quelques centaines de mètres puis nous nous arrêtons. Nous nous regardons et cela suffit à conforter notre besoin d’en finir ici. La douleur à nos chevilles est trop forte. Continuer n’a pas de sens. Nous nous asseyons sur un banc, je me relâche, et mon pied me fait soudainement bien plus mal encore. C’est donc bien là qu’on s’arrête. Je me sens sonné, groggy.

J’appelle mon frère, je ne retiens pas mes larmes et lui non plus. Un véhicule est envoyé à notre rencontre et nous devons parcourir une centaine de mètres jusqu’au lieu du rendez-vous. Je me sens vidé, triste, mais soulagé. Nous ne parlons pas vraiment jusqu’à l’arrêt de bus où nous nous installons pour attendre.

Je tente d’envoyer un message à notre groupe en ligne, n’y parviens pas. Puis le van arrive et il me faut de gros efforts pour monter et m’assoir. Aliénor s’installe, met sa ceinture, pose sa tête sur le dossier et s’endort dans l’instant. Nos accompagnants parlent, plaisantent mais j’ai la tête ailleurs. J’envoie un message, je raconte notre abandon et une vingtaine de minutes plus tard, le véhicule nous dépose au niveau de la tente médicale.

Nous nous allongeons sur des lits de camps et répondons aux questions des infirmiers. J’ai un mal fou à retirer ma chaussette tellement ma cheville est enflée, j’hésite à demander des ciseaux. Près de moi, le pied d’Alie ressemble au mien. Le médecin vient nous voir. Il demande à ce qu’on couvre nos chevilles d’une poche de glace. Une tendinite du releveur du pied – ou tendinopathie du tibial antérieur – voilà ce que nous avons. Une inflammation du tendon qui permet au pied de se lever et de se baisser.

Alors voilà, notre course s’est arrêté km 164, à une douzaine de kilomètres de l’arrivée. Après la déception des premières heures, nous avons désormais la conviction d’avoir rempli notre objectif : nous confronter aux difficultés d’un Ultra-Trail pour tester notre physique, notre mental, et notre capacité à fonctionner à deux dans la perspective du lac Baïkal où nous serons seuls, dans des conditions extrêmes un mois durant.

Fier d’Alie, fier de nous

Comme je l’ai écrit ailleurs, plus que jamais, je suis fier d’Aliénor. Elle est toujours plus incroyable et s’est battu pour ne pas lâcher, malgré le mal intense qu’elle a commencé à ressentir dès le samedi matin. Je suis fier d’avoir couru et marché à ses côtés durant ces presque quarante heures comme je suis fier et chanceux qu’elle partage ma vie.

Je suis fier aussi de l’équipe que nous formons. Elle renforce ma croyance que la différence (dans notre cas nos 24 années d’écart) est une force à partir du moment où nous considérons et acceptons l’autre pour ce qu’il est, avant de le considérer et de l’accepter pour ce qu’il fait.

Elle renforce enfin mon absolue conviction du pouvoir considérable de notre vulnérabilité. En l’acceptant tout du long sans réserve, nous n’avons cessé de communiquer sur nos ressentis. Ainsi, nous avons été capable de prendre en compte à tour de rôle, les difficultés de l’autre. Prendre soin de l’autre et accepter pleinement sa vulnérabilité, c’est nourrir notre humanité mais aussi, servir l’équipe et l’objectif commun.

Savoir nous arrêter si près du but n’a fait que conforter pleinement ce sentiment.

À Sarzeau – Photo Marion Mahé

A l’antenne sur RCF Centre

Dans les studios de RCF Loiret

A l’antenne avec Wahid Selmi sur RCF Loiret

Il y a quelques jours, Wahid Selmi, journaliste et animateur sur RCF Loiret à Orléans, nous invitait à l’antenne pour une interview. Durant une petite trentaine de minutes, en répondant à ses questions, nous avons eu l’occasion d’évoquer notre expédition sur le lac et les étapes qui la précède.

L’enregistrement, dans l’émission Sport Attitude est désormais disponible. Merci Wahid !
Pour l’écouter, il suffit de cliquez ici 👈